Notice

Emphase | Phénomène par lequel une parole s'exhibe, s'écoute, s'expose, se donne en représentation. Théâtrale ou toute en retenue, l'emphase est produite par la mobilisation de tel ou tel paramètre de la parole : l'intonation, l'articulation, l'accentuation, le rythme, le lexique ou l'espacement.

Le mot emphase n'a pas, en français, les mêmes connotations que le mot anglais emphasis. Tel qu'on peut le lire sur un synthétiseur, emphasis est une opération d'altération du signal sonore, agissant sur l'amplitude et la fréquence. Au titre de jeu sur l'ampleur, on peut parler d'emphase à propos de paroles qui amplifient certaines de leurs caractéristiques. C'est ainsi qu'on peut trouver des emphases selon les différents paramètres sonores (volume, timbre, hauteur, durée) et langagiers (lexique, prosodie).

Accentuation

On peut trouver de l'emphase par accentuation dans cette déclaration du comédien Laurent Terzieff ou dans cette plaidoierie de Jacques Vergès, dont les points d'appui sur certaines syllabes, ou plus ponctuellement encore sur certains phonèmes, accentuent un ton qui donne de l'importance à la situation d'énonciation et entend se mettre à la hauteur de sa solennité. Dans cette intervention télévisée de Marine Le Pen, les mots "délirant" et "charia" sont fortement appuyés, de sorte que l'emphase y est employée comme un stabylo. De même Fabrice Luchini nous fait entendre comment les accents peuvent rendre une parole emphatique (insistance sur le "gr" de "grelot"), alors que d'autres effets font emphase, comme les ruptures de volume, les changements de débit et même les décrochements de niveaux de considération. L'emphase par accentuation se retrouve typiquement dans les énoncés publicitaires ou encore les bandes annonces de film, qui y puisent une force de conviction. De la même manière, on peut l'entendre opérer comme un outil quasi pédagogique dans cette voix off de documentaire animalier ou avec cet animateur rappelant les règles du jeu d'une émission télévisée.

Quand le souffle agit

Quand le metteur en scène baroque Eugene Green dit un extrait de Bérénice, un souffle soutient la parole, semble dire l'importance de la prise de la parole en deçà des termes énoncés. On pourrait dire que ce souffle implique l'hyper-prononciation et la sur-exposition de l'accent du locuteur (comme on peut l'entendre chez ce grand-père qui raconte une histoire, chez cette petite fille utilisant ces codes déclamatoires propres au conte, ou dans ce discours d'André Malraux où le ton appelle une hauteur qui rend la longueur de certaines phrases ou la mention de la salle de bain plus ou moins folles).

Nous pouvons retrouver cet écart entre le contenu et l'élan intonatif dans cette déclaration de Léon Blum. Si cet écart n'est pas visé pour son effet dramatique, la déclamation théâtrale l'implique, comme cela est notable chez Sarah Bernardt. Comme l'enregistrement date de 1912, on peut imaginer qu'il nous fait entendre une diction typique de l'époque. Pour autant, cette emphase dans le dire théâtral se poursuit de nos jours, comme peut le montrer cet extrait d'une mise en scène de Marc François où l'emphase semble dosée à proportion de l'effet dramatique attendu. C'est d'ailleurs l'un des points communs de forme entre le théâtre et la parole politique (ce qu'on peut vérifier en écoutant cette déclaration de Dominique de Villepin, ou plus ouvertement, ce militant du Modem, ou encore l'annonce de la mort de Kim-Jong il où le discours a tout d'une mise en scène).
 

Moulinettes

Cette façon de projeter la déclamation dans un espace qui doit dépasser les frontières de l'auditoire, est fréquemment associée à un enroulement prosodique, une sorte d'emballement rythmique, comme on peut l'entendre dans une présentation d'émission de Frédéric Mitterrand, dans une longue réplique dite par Gérard Depardieu ou dans le slam de Julien Delmaire dont le ton est modifié au moment de commencer sa performance. À ce moment-là, on entend le décrochement de ton entre le verbe quotidien et le dire des vers de poésie. Dans cette récitation par Maria Casarès, s'il n'y a pas vraiment d'emportement du volume de la voix ou d'accentuation particulièrement marquée, il y a une concentration dans la diction, un dépouillement tel que le soin dans la prononciation et le stéréotype de l'intonation doivent donner charge et singularité à la prise de parole. Cette manière d'appeler l'attention permet d'ajouter un caractère emphatique à une parole qui, pourtant, est quasiment chuchotée et dépourvue d'ampleur (écouter Je suis venu te dire que je m'en vais et Ecoute mon grand).

La perte de contrôle

Le locuteur se lance et laisse sa parole dépasser les intentions spectaculaires qui ont pu motiver son emportement. C'est ainsi que le Dictateur met en scène son énervement jusqu'à temporairement perdre sa voix, alors que l'aspect performatif de cet emportement se donne pour hors du commun et entend tirer de son effort un caractère extraordinaire. Sur ce plan, quand l'emphase par le volume de la voix est poussée jusqu'à éprouver le grain du locuteur, le détimbrage (Monsieur Hollande, I found nirvana), prend une dimension viscérale. Tout est alors monté comme si le locuteur n'avait pas assez de ses cordes vocales pour parler et devait convoquer des ressources organiques plus profondes (comme ce chef en colère dont les consignes dépassent le volume de l'orchestre). Quand elle n'est pas dans la voix, l'emphase peut être dans les mots, mais tient dans le même paradoxe d'une volonté de s'affranchir de la maîtrise de soi. Elle peut être une marque de défiance ou avoir pour fonction de souligner un franc-parler, de chercher à le valoriser comme un courage intempestif. 

Ces jeux peuvent être évolutifs. Si l'emphase s'installe progressivement, la perte de contrôle est elle-même instable. L'emportement de Klaus Kinski peut par exemple valoir comme la marque de sa colère, sinon de son désir de la trouver. Et, bien entendu, le procédé peut être utilisé avec d'autres émotions, comme l'enthousiasme (Ça vous prend au ventre, Now my body is in tumulto) ou l'hyper-ferveur. Et quand le locuteur ne maîtrise plus ses effets, il est même fréquent d'entendre l'emphase tourner à vide. La force argumentative est alors nettement plus flottante, ce qui permet de nuancer plus ou moins volontairement le propos, en ajoutant la détresse (I'm not happy with you, Vous, ronds de cuir) à la révolte. Le crescendo peut être corrélé à une perte de contrôle, de sorte qu'en effet caricatural accompagne l'excès.

Index
  • Absolument délirant

    Marine Le Pen, extrait d'un entretien radiophonique, 2008.

  • Avida Dollars

    Salvador Dali, extrait du flexidisc L'Apothéose du dollar, 1971.

  • Bonne nouvelle

    Extrait d'un sermon catholique, extrait de l'émission La Messe, France Culture, 2009.

  • Ça vous prend au ventre

    Priscilla Pizzato, extrait de l'émission La Grande Table, 2010.

  • Ce soir c'est riz poulet

    Pacific sound 3003, vidéo postée sur YouTube, 2014.

  • Ces nuances et ces surnuances

    Helios Azoulay, extrait de l'émission  Ce soir ou jamais, France 3, 2009

  • Cette goutte de sueur qui perle

    Entretien avec le conteur Gabriel Kinsa, extrait du documentaire La voix en quelques éclats, Pierre Boulay et Claire Parnet, 2013.

  • Chauve-souris fantôme

    Papy Boris, enregistrement personnel, années 90.

  • Contentez votre gloire

    Eugene Green, extrait d'une lecture de Bérénice, France Culture, 2000.

  • De abdoer twist

    Extrait de l’émission Tommy Teleshopping, télévision hollandaise, 2013.

  • Discours de Hynkel

    Charlie Chaplin, extrait du film Le Dictateur, 1940.

  • Double Rainbow

    Guy "Bear" Vasquez, vidéo postée sur YouTube, 2010.

  • Ein trainer ist nicht ein idiot

    Giovanni Trapattoni, entraîneur du Fußball-Club Bayern München e.V., extrait d'une conférence de presse, 1998.

  • Entre ici, Jean Moulin

    André Malraux, extrait du discours prononcé à l'occasion du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, 1964.

  • Espahor ledet ko uluner

    Mary-Ann Duganne Glicksman, extrait d'une lecture de Espahor ledet ko uluner de Guy de Cointet, Centre Pompidou, 2013.

  • Et le cul ouvert

    Serge Pey, extrait du disque L'Enfant archéologue, 2001.

  • Faites du bruit

    Richard Darbois, jingle pour DJ, vidéo postée sur Youtube, années 2000.

  • Heureusement, il y a Renaud

    Frédéric Mitterrand, extrait de l'émission Du côté de chez Fred, Antenne 2, 1989.

  • I cried my eyes out

    Mariah Carey, extrait d'un discours de réception au Palm Springs International Film Festival, 2010.

  • I found nirvana

    Jill Bolte Taylor, extrait d'une conférence TED, 2007.

  • I'm not happy with you

    Dialogue entre un enfant et ses parents, vidéo postée sur YouTube, 2013.

  • J'ai appris hier

    Antonin Artaud, extrait de la pièce radiophonique Pour en finir avec le Jugement de Dieu, enregistrée pour la RDF (mais non diffusée), 1947.

  • J'ai un amour pour le verbe

    Extrait d'un entretien avec un militant du Modem, enregistrement personnel de David Christoffel, 2007.

  • Je suis le train

    Sylvie Noachovitch, extrait d'une vidéo postée sur Youtube, 2007.

  • Je t'aime

    Sylvie Caspar, extrait de Lettre d'amour de Silvain Gire, Arte Radio, 2004.

  • Jesteś mężem stanu

    Récitation d'un poème par un enfant lors d'une inauguration officielle, Pologne, 2011

  • L'assiette jaune

    Stefan Rotenberg, extrait de l'émission Top Chef, 2013.

  • L'occident doutait

    Fabrice Luchini, extrait de l'émission Répliques, France Culture, 2011.

  • La douce Anaïs

    Présentation lors d’un défilé canin à la SPA, 2018

  • La joie !

    Extrait d’un prêche évangéliste, 2019

  • La mort

    Jacques Lacan, extrait d'une conférence à l'université de Louvain, 1972.

  • La mort de Kim Jong-il

    Annonce de la mort de Kim Jong-il à la Télévision Centrale Nord-Coréenne, 2011.

  • La nuit des astres nus

    René Ghil, extrait de Chant dans l'espace, Archives de la parole, 1913.

  • La soupe à la tomate

    Marc Labrèche et Anne Dorval, extrait de la série Le Cœur a ses raisons de Marc Brunet, TVA, années 2000.

  • Lala land

    Jill Bolte-Taylor, extrait d'une Ted Conference, 2007.

  • Le coup de foudre du mépris

    Jean-Louis Bory, extrait de l'émission Le Masque et la Plume, France Inter, 1963.

  • Le lac

    Maria Casarès, extrait de Les 25 plus beaux poèmes de la langue française, années 60.

  • Le mot grelot me rend fou

    Alain Finkielkraut et Fabrice Luchini, extrait de l'émission  Répliques, France Culture, 2011.

  • Le Théâtre-Texte

    Laurent Terzieff, extrait de l'émission La Nuit des Molières, France 2, 1988.

  • Lera

    Élaboration d'une déclaration d’amour vidéo, YouTube, 2013.

  • Les jours s'en vont, je demeure

    Guillaume Apollinaire, récitation de Le pont Mirabeau, Les Archives de la parole, 1913.

  • Les singes écuyers

    Boniment circassien, enregistrement personnel, 2014.

  • Let's get ready to rumble

    Michael Buffer, présentation du combat George Foreman vs. Shannon Briggs, 1997.

  • Lift weight !

    Parodie d'haltérophilie, extrait d'une vidéo postée sur YouTube, 2012.

  • Mais les Gibis pourront-ils ?

    Claude Piéplu, extrait du dessin animé Les Shadoks de Jacques Roussel, 1968.

  • Mēmā kliedzienā

    Extrait d'une vidéo anti-avortement, Lettonie, 2009

  • Moi j'évite les miroirs

    Richard Fontana, extrait de La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès, mise en scène de Jean-Luc Boutté, 1981.

  • Mon côté sportif

    Jean-Marie Bigard, extrait du sketch Le lâcher de salopes, 2001.

  • Monsieur Hollande

    Dominique de Villepin, extrait d'un discours à l'Assemblée, 2006.

  • Now my body is in tumulto

    Roberto Begnini, discours de réception de l'oscar du meilleur acteur, 1999.

  • On joue tous les ballons

    Encouragements d’un entraîneur de rugby avant match, 2008.

  • One land, one legend

    Bande annonce du film Mysterious City of Gold, 2013.

  • Par madame Sarah Bernhardt

    Sarah Bernhardt récitant une tirade de Phèdre de Jean Racine, 1902.

  • Piano!

    Arturo Toscanini, extrait de répétitions, NBC, 1950.

  • Pizza Hut

    Publicité pour une chaîne de pizza, année inconnue.

  • Pleurer me convient pas

    Extrait d'une vidéo postée sur YouTube, 2014.

  • Pour toi plus de sommeil

    Marc François, extrait du spectacle Macbeth de Marc François, 1996.

  • Search for a super croc'

    Steve Irwinn, extrait du documentaire animalier Crocodile Hunter, Discovery Channel, 2009.

  • Si j'ai agi

    Léon Blum, extrait d'un discours au Luna Park de Paris, 1936.

  • Si tu aimes les grosses bêtes

    Extrait du journal télévisé pour enfants Les Z'infos, Télé Kids, 2007.

  • Skazhi-ka dyadya

    Récitation d’un poème, vidéo postée sur YouTube, 2018
     

  • Ton ami magique

    Voix enregistrée du jouet «Chien Culbuto», 2010.

  • Trembler devant le fantôme

    Gerrit Graham, extrait d'un bonus au DVD Phantom of the Paradise de Brian De Palma, 1974.

  • Un croc de boucher

    Dominique de Villepin, extrait d'une déclaration à la presse en marge du procès Clearstream, 2009.

  • Une mange-merde

    Myriam Marseille, extrait d'une vidéo postée sur YouTube, 2010.

  • Une sorte de manifeste

    Brigitte Fontaine, extrait du journal télévisé 19/20, France 3, 2009.

  • Vous, ronds de cuir

    Francis Lalanne, extrait de l'émission Avis de recherche, TF1, 1990

  • X’emozzjoni

    Joseph Muscat, extrait d'un discours de campagne électorale, Malte, 2017

  • Yaman

    Extrait de l’épisode 1644 de Samhini, série turque doublée en arabe dialectal marocain, 2019

  • Zelim si

    Publicité pour un séminaire de développement personnel, vidéo YouTube, 2016

La joie !

Extrait d’un prêche évangéliste, 2019

Laisse mon mari tranquille

Extrait d’un épisode d’une série Nollywood, 2019

Jusqu'à 100% de bonus

Publicité sur internet, 2019

Skazhi-ka dyadya

Récitation d’un poème, vidéo postée sur YouTube, 2018
 

Le crime qui consiste à être un gnome

Extrait de la V.F. de l’épisode 6, saison 4 deGame of Thrones, 2019

La douce Anaïs

Présentation lors d’un défilé canin à la SPA, 2018

Yaman

Extrait de l’épisode 1644 de Samhini, série turque doublée en arabe dialectal marocain, 2019

Et je baisse la voix pour le dire

Robert Badinter, discours à l’Assemblée nationale, 1981.

Tout d’un coup on sonne à la porte

Pierre Sabbagh, extrait du journal télévisé de l’ORTF, 1968.